De nouveau des lectures en retard

L’un des dommages collatéraux des périodes de rush, c’est que je n’ai plus le temps de faire un mémo de mes lectures. C’est peut-être un détail pour toi, mais ça m’aide à me souvenir de ce que j’ai lu et aimé (et pourquoi). Ça me permet aussi de me rappeler qui a traduit quoi, parce que même en m’intéressant vaguement au sujet pour des raisons qui semblent évidentes, je suis loin d’avoir une connaissance encyclopédique de l’œuvre de mes bien chers confrères, mes bien chères consœurs, reprenez Ravec moi tous en chœur.

Or donc, quand je n’ai pas le temps d’écrire, je lis quand même, voire j’audiolis en cas d’insomnie (j’entends généralement un chapitre sur trois en double, vu que je me rendors au milieu sans jamais savoir où j’en suis). J’ai donc eu le plaisir de (re)découvrir plusieurs trucs chouettes ces dernières semaines.

(c) Paul Blow & Monsieur Toussaint Louverture

Lucy Maud Montgomery, Anne de Green Gables (Anne of Green Gables), Monsieur Toussaint Louverture (Laventure, en l’occurrence), traduction (fabuleuse) d’Hélène Charrier

J’avais découvert un peu par hasard la série Anne With an E il y a quelques mois, et aussitôt accroché avec la protagoniste presque malgré moi. Un peu comme Matthew et Marilla, en somme. Et la lecture de ce vieux roman (1908) m’a permis de me rendre compte qu’Amybeth McNulty avait été idéalement castée pour ce rôle.

Frère et sœur vieillissants, Matthew et Marilla cherchent à recueillir un jeune orphelin pour aider le premier aux champs. Leur requête est mal remise/transmise, et c’est une fillette hyper bavarde et bourrée d’imagination qui va finalement rejoindre dans leur ferme ces deux taiseux très terre-à-terre. Anne est une jeune fille brillante et pétillante qui va assez vite mettre leur monde sens dessus dessous.

Juste un point sur la traduction (véritablement bluffante) : saurais-tu par quelle malice académicienne le mot composé « après-midi » peut être indifféremment masculin ou féminin ? L’adverbe, par essence neutre, « après » se décline en un substantif masculin ; « midi » est masculin également. Comment le mélange des deux peut-il donner un féminin ? Est-ce par mimétisme avec les autres périodes de la journée (la journée/le jour, la matinée/le matin, la soirée/le soir – ça ne fonctionne toutefois pas avec la nuit) ? C’est une vraie question, et je te saurais sincèrement gré d’éclairer ma lanterne !

À noter que cette édition reliée (que je trouve superbe) est issue d’un coffret (non moins superbe) rassemblant les trois premiers tomes des aventures d’Anne (et c’est ma joie).

(c) EHein Nouwen/Shutterstock (c) Virtualphoto/iStock (c) Mizina/iStock

Alexis Laipsker, … et avec votre esprit, Pocket

Je ne connaissais pas l’auteur (l’animateur télé non plus, d’ailleurs), qui signait là son premier roman (deux autres sont parus depuis apparemment).

Un meurtre sanguinolent, des disparitions en série, des enquêtes démarrées chacune de son côté, les découvertes des uns et des autres qui les rapprochent inéluctablement, je me suis facilement et volontiers laissé happer par ce thriller rondement mené et bien écrit. Les personnages ont une profondeur certaine, on prend plaisir à les retrouver d’une scène à l’autre, l’histoire est captivante et rend le bouquin difficile à poser. Je n’entre volontairement pas dans les détails, parce que tu dois avoir compris de quel genre de livre il s’agissait ; si tu aimes, fonce, si ce n’est pas ton truc, évite, c’est aussi simple que ça ! J’ai simplement été déçu par la fin (le dernier tiers peut-être ?), non pas inintéressante ou bâclée, mais qui manque du petit ingrédient difficile à définir qui rendait le début addictif, dommage. Le défaut du premier roman ? J’essaierai de lire à l’occasion les autres titres de l’auteur, pour m’en faire une meilleure idée.

(c) Riki Blanco

Walter Tevis, Le Jeu de la dame (The Queen’s Gambit), Gallmeister, traduction (épineuse) de Jacques Mailhos

Là aussi, j’ai découvert la série l’année dernière, comme beaucoup de monde, et j’ai tout de suite accroché. Cette fois, même si l’adaptation est très réussie, le casting est un peu moins conforme à l’original. On retrouve cependant Beth Harmon, elle aussi orpheline, qui se découvre par hasard une passion et un don pour les échecs et va en faire sa vie. Écrire un roman de plus de 400 pages sur la carrière d’une jeune championne d’échecs en se focalisant presque uniquement sur la discipline (il aurait pu s’agir d’un simple alibi permettant d’explorer tout autre chose) relève du tour de force, car même sans être expert dans ce sport (j’en connaissais les règles et les rudiments, et c’est à peu près tout), je me suis pris au jeu en ayant l’impression de tout comprendre ! Ça m’a d’ailleurs donné envie de m’y mettre un peu sérieusement, même si je me suis vite rendu compte que j’étais incapable d’anticiper à plus de deux coups… Or, on se retrouve plongés dans des tournois entiers, où l’on nous cause défense sicilienne, gambit dame et roque comme s’il s’agissait là de termes employés au quotidien par toute personne normalement constituée. Bref, j’avais beaucoup aimé la série, j’ai beaucoup aimé le bouquin, et à quelques menues divergences près les deux sont identiques, donc ce n’est pas dénué de logique.

Une pensée émue pour le traducteur, Jacques Mailhos, qui à moins d’être lui-même grand maître a dû s’arracher quelques poignées de cheveux pour traduire certains passages (et s’il est effectivement grand maître, une pensée admirative !). Et il s’en est sorti remarquablement (ou alors c’est truffé de contresens que j’ai été bien en peine de détecter, mais je peine à y croire !).

Richard Powers, L’Arbre-monde (The Overstory), Cherche-Midi/Lizzie, traduction (marathonienne) de Serge Chauvin, lecture (épatante) de Leah Vaidis-Bogard

Ce n’est pas le premier livre que j’écoute, mais c’est de loin le plus long (21 h 42 – à titre de comparaison, les livres 1 et 2 de Dune duraient 18 heures) et le plus exigent (à cause, notamment, du nombre important de personnages principaux).

Ce roman choral nous entraîne à divers endroits, à diverses époques, et la multiplicité des points de vue le rend parfois difficile à suivre, surtout quand on n’a pas de véritable plage à consacrer à l’audiolecture – me concernant, c’est en cas d’insomnie (mais encore faut-il que le cerveau soit réveillé en même temps que le corps), et c’est à peu près tout. Il doit y avoir pas loin d’une dizaine de personnages principaux, que l’on retrouve les uns après les autres, parfois en même temps, et on met un long moment à raccrocher les wagons. Certains ne se rencontreront cependant jamais. Tous, en revanche, sont liés par les arbres, même si leur lien avec eux semble parfois ténu. Les arbres, ou un arbre, l’Arbre-monde, pas si éloigné de celui de la mythologie scandinave, en ce sens qu’il est celui qui rassemble et supporte (dans tous les sens du terme) l’humanité tout entière. Cet arbre qui est de fait le protagoniste essentiel de cette histoire, et autour duquel s’articule toute la construction du livre. Cet arbre qui nous a tous vus naître et nous verra tous mourir. On flirte parfois avec la fable écolo, et cela peut occasionnellement paraître moralisateur, mais c’est tellement plein de bon sens et de justesse qu’on n’en prend pas ombrage.

21 h 42 d’insomnies (sans compter les nombreux chapitres écoutés en double parce que je me suis endormi dessus, ou déconcentré assez longtemps pour ne plus savoir si j’ai vraiment entendu tel ou tel passage, ou…), donc. Ça m’a naturellement duré un moment, le tout pas dans des conditions optimales. Malgré tout, j’ai adoré cette lecture, au point de regretter de ne pas l’avoir en papier (même si je n’aurai pas le courage de m’y attaquer de sitôt).

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