Malgré toute ma détermination, une grande force d’âme et une paresse incommensurable, je ne puis résister au sacrifice égotiste consistant à me plier de bonne grâce aux réclamations des Internets en publiant céans mon bilan de l’année, dont tu fais statistiquement partie des 8 lecteurs, moi compris. Néanmoins, par manque de courage, je n’ai pu le détailler autant que les années précédentes, tu m’en vois marri. Une année plus riche en édition qu’en traduction, faute de temps, mais tout de même jalonnée de jolies publications et de superbes rencontres.
Les publications (en trad)
Pas si petite année finalement, car elles auront été au nombre de 7, dont une uniquement en numérique, mais seulement deux autrices que nous connaissons déjà bien toi et moi (au moins moi) et un auteur. Voici donc, dans un ordre probablement pas très chronologique, ce dont il retourne :





The Bone Season, de Samantha Shannon, De Saxus
Car oui, comme je l’ai déjà évoqué (par ici notamment), Samantha Shannon a pris la décision de réécrire les premiers tomes de la série qui l’a fait connaître ; en effet, l’autrice et le monde (le nôtre) ont évolué (l’une a mieux vieilli que l’autre), et il était fort logique que Paige, protagoniste de la saga, en fasse autant. Les deux premiers tomes ont donc été intégralement réécrits et retraduits (le premier a été republié en France fin 2024), le troisième et le quatrième ont été retravaillés, et le cinquième a enfin paru ! Cette fois, nous nous rendrons (entre autres) en Italie, et je dois avouer que les descriptions de Venise m’ont donné envie d’aller voir ça de mes yeux (et je suis passé à l’acte ; je n’en ai pas fait autant pour Rome, faute de temps et de budget plus que d’envie). Dire que, si j’ai bien suivi les dernières publications de Samantha, le prochain nous emmènera notamment à New York et Reykjavik…
Outre Saison d’os (Bone Season), sont donc disponibles dans leur nouvel écrin L’Ordre des Mimes (The Mime Order), Le Chant se lève (The Song Rising), Le Masque tombe (The Mask Falling) et le « petit » dernier Le Miroir sombre (The Dark Mirror).

Parmi les fleurs embrasées (Among the Burning Flowers), de Samantha Shannon, De Saxus
Je disais l’année dernière (tu peux vérifier, c’est marqué là) qu’une année sans Samantha serait une année ratée, on peut donc affirmer par corollaire que 2025 aura été un grand cru. Car et en effet, outre la suite tant attendue de The Bone Season, nous avons eu droit à un nouvel opus dans l’univers des Racines du Chaos (Le Prieuré de l’Oranger, Un jour de nuit tombée). Amoureux de la tomaison, passe ton chemin, car il s’agit là d’un prélude à la suite parue avant la préquelle, donc d’un tome 3 ou d’un 0,5 pour selon que (ma belle-sœur m’y a contraint) tu te fies à la chronologie de l’histoire ou à celle de la publication. On retrouve ainsi ici quelques-uns des personnages du Prieuré et une partie de son intrigue, mais en bénéficiant d’un tout nouveau point de vue sur les événements : celui de la Yscalin. Le tout a en outre paru dans un magnifique volume relié, jaspé, jaquetté, illustré et en bichromie, yummy.

Terres abandonnées, de Naomi Novik, J’ai lu
Ce recueil de novellas contient tous les textes contenus dans Buried Deep and Other Stories, ainsi que l’inédit The Summer War (les autres étaient me semble-t-il inédits en France mais avaient tous ou presque déjà été publié dans des anthologies aux États-Unis). Quatorze histoires donc, dont certaines se déroulent dans les univers bien connus de l’autrice (ceux de La Scholomance, de Téméraire ou de La Fileuse d’argent), d’autres dans des contrées encore inconnues. Une grande diversité de genres qui montre toute l’étendue du talent et de l’imagination de Naomi.

La Jungle, de Mark Dawson, Unputdownable
Par un beau matin ou une moche soirée de 2024 (la météo et l’heure n’ont aucune importance, je me rappelle juste que j’étais en vacances et que c’étaient les Jeux olympiques de Philippe Katerine), j’ai reçu un courriel de Mark Dawson, auteur britannique prolifique, me proposant de traduire certains de ses romans, dont il publierait lui-même la VF par le truchement de sa maison d’édition (il avait lu je crois que j’avais traduit Messe noire, de Peter Straub (roman évoqué ici, ce qui me rappelle que je n’ai jamais fini ma liste des 100 premiers, c’est mal), ce qui m’avait servi de référence). Intrigué par le processus mais pris par le temps, je n’ai pas pu accepter tout de suite, mais j’ai néanmoins bondi sur l’occasion avec la grâce et le dynamisme qui me caractérisent. Cela explique que je n’ai traduit que ce neuvième opus des Thrillers de John Milton, qui se lisent (et se traduisent) tous de manière complètement indépendante et suivent le parcours de cet ex-tueur gouvernemental, alcoolique repenti, qui cherche à se racheter de tous les crimes commis par le passé pour avoir suivi des ordres aveuglément. C’est diablement efficace et très sympa à traduire. Et ça parle de sujets de société et d’actualité assez brûlants. Cette traduction n’a, je crois, vu le jour qu’en numérique.
Les travaux de 2025 (en trad)
Le Miroir sombre (1,2 M de signes), La Guerre d’Été (210 000 signes, dernière nouvelle du recueil) et La Jungle (460 000 signes) ont été traduits dans l’année, ainsi qu’un autre roman de Mark Dawson dont je te parlerai au prochain bilan (310 000 signes), deux romans de sport (ou autour du sport, respectivement 500 000 et 480 000 signes) et un essai de géopolitique (440 000 signes, aïe, aïe, aïe). 3,6 M de signes traduits, donc, 400 000 de moins que l’année dernière mais en ayant moins puisé dans mes réserves (et puis quand même un certain nombre de tomes de The Bone Season révisés). Je ne suis pas encore certain d’avoir trouvé le juste équilibre, d’autant que j’ai complètement délaissé mes travaux d’écriture.
Et côté édito ?
Ça mériterait un post à part entière, car c’était une grosse année chez Saxo, avec pas moins de 32 nouveautés : 10 débuts de série, 4 livres seuls, 18 suites. Magnifiquement coordonnés et révisés par Joy Andriamahazo, on a donc eu (je présentais les autres séries dans le précédent bilan) :


Le Bestiaire d’Axlin (El Bestiaro de Axlin), de Laura Gallego, trad. Anne Cohen Beucher
De la fantasy post-apo et féministe avec plein de monstres dedans (et un gros travail de trad pour trouver leurs noms français notamment). Trilogie, deux tomes parus dans l’année.

Nimbus, de Jan Eldredge, trad. Sarah Idrissi
Une aventure magique très mignonne avec un chat confronté à un cruel dilemme en personnage principal, et une plume toute en délicatesse très bien rendue par Sarah.



Ne pas déranger les dragons (Do Not Disturb the Dragons), de Michelle Robinson, trad. Marion Roman
De la fantasy humoristique pour féministes en herbe, avec des gags à gogo et un humour que Marion a su rendre à la perfection. Trilogie parue dans l’année.


Starminster, de Megan Hopkins, trad. Marie de Prémonville
Un roman fantastique haletant où se mêlent quête de soi, dark academia, filiation et intrigue de thriller. L’écriture de Megan est sublime, celle de Marie l’est, comme d’habitude, tout autant. Trilogie, deux tomes parus dans l’année.

La Prophétie de Jules Verne (The Jules Verne Prophecy), de Larry Schwarz et Iva-Marie Palmer, trad. Marion McGuinness
Un roman à énigmes bourré d’aventures, où un jeune Américain de passage à Paris se lance sur la piste de l’héritage de Jules Verne. Rendre ce décalage entre les langues a été l’un des défis parfaitement relevés par Marion.

La Bibliothèque disparue (The Lost Library), de Rebecca Stead et Wendy Mass, trad. Aurélia Louÿs
Des fantômes, un cosy mystery et un chat, le tout avec trois points de vue très distincts et pas faciles à rendre dans un seul roman. Une première traduction très réussie pour Aurélia.



L’Éveil des ténèbres (The Dark is Rising), Susan Cooper, trad. Florence Dolisi
Un grand classique du patrimoine de la littérature jeunesse (on a fêté le cinquantième anniversaire de l’œuvre), par une autrice encore trop peu célébrée en France pour tout ce qu’elle a apporté dans le genre. Pour la première fois, l’intégralité de la série sera traduite et publiée en français, et Florence s’attelle à merveille à offrir à cette grande dame (oui, ça fait beaucoup de à, sorry, mais si tu veux lire ce bilan avant 2027 il faut me pardonner ces petites maladresses) toutes ses lettres de noblesse chez nous. Trois tomes parus dans l’année.



Indiana Bones, de Harry Heape, trad. Christophe Rosson
Les aventures d’une fille d’archéologue accompagnée de son chien qui parle, et qui mène l’enquête bien mieux que ces gros nuls d’adultes (il y a un petit côté Inspecteur Gadget dans cette série). Des tonnes de jeux sur les mots que Christophe a su adapter avec brio. Trilogie parue dans l’année.

Westfallen, Ann et Ben Brashares, trad. Lyse Leroy
Ann Brashares, c’est l’autrice de Quatre filles et un jean. Westfallen, c’est une sorte de Maître du Haut Château pour les jeunes ados : des enfants de 2023 expliquent à d’autres de 1944 comment les alliés ont dupé les Allemands avant le débarquement. Sauf qu’un espion nazi épie leur conversation, et que le Reich remporte la guerre et conquiert les États-Unis, renommés Westfallen. Les six protagonistes vont tenter de réparer leur erreur pour remettre le temps sur les bons rails. L’une des grandes qualités d’Ann Brashares, c’est sa faculté à donner une voix propre à des protagonistes différents, et Lyse a parfaitement su s’adapter à cette contrainte. Spoiler : vu l’état actuel de la première puissance mondiale, ils ont encore du chemin à parcourir pour corriger leur bêtise, d’où sans doute les deux autres tomes à venir en 2026. Merci les mecs.


Les Dragons-Nefs (The Dragonships Series), de Scott Reintgen, trad. Ariane Linstrumelle
De la science-fantasy qui dépote, où les dragons servent de vaisseaux spéciaux dans un univers (le nôtre) qu’Ariane a parfaitement su s’approprier. Quelque part entre Star Wars, Eragon et Mad Max. Trilogie, deux tomes parus en 25.



L’Académie des pirates (Pirate Academy), de Justin Somper, trad. Anath Riveline
Dans un lointain avenir, le réchauffement climatique a tellement fait monter les eaux que les continents ont disparu au profit de quelques archipels. C’est donc un nouvel âge d’or pour la piraterie, où des écoles vont rivaliser pour régner sur les mers. Des aventures palpitantes et amusantes qu’Anath a dû se régaler à traduire. Trilogie parue dans l’année.

Je m’appelle Rebelle (I Am Rebel), de Ross Montgomery, trad. Ariane Linstrumelle.
Un roman bardé de prix où un chien raconte à la première personne son aventure pour retrouver son garçon, parti faire la révolution. Des thématiques fortes, un écho puissant avec le monde actuel, une voix extrêmement émouvante qu’Ariane a très bien su transmettre en français.

Felix et l’Agence du futur (Felix and the Future Agency), de Rachel Morrisroe, trad. Thibaud Eliroff
Basée sur une histoire vraie (celle d’une agence regroupant des personnes capables de prémonitions), une trilogie palpitante faite de magie, de divination et d’aventures. Avec le style impeccable de Thibaud pour emporter les jeunes lecteurs francophones sur les rails du métro londonien. Trilogie en cours.

Bravepatte (Bravepaw), de L.M. Wilkinson, trad. Alix Houllier
Les aventures trop (mais, alors, beaucoup trop) mignonnes d’une souricelle se rêvant héroïne. On y retrouve tous les codes de la fantasy traditionnelle (le héros malgré lui, la quête, les créatures fantastiques, la magie, la lutte du bien contre le mal, etc.), des illustrations magnifiques à chaque page et de l’émotion, le tout pour un tout jeune lectorat. Autant dire qu’il fallait une trad aux petits oignons pour que rien ne déborde, et ma fille (qui a dévoré le premier tome en une journée) peut témoigner qu’Alix s’en est acquittée à merveille. Trois autres tomes à venir.
Une année somme toute bien remplie, donc, en attendant de voir ce que me réserve la prochaine.