Nouveautés 2026 (2) – La Voie de l’Inde

En résumé

Subrahmanyam Jaishankar est le ministre indien des Affaires extérieures, après avoir été Secrétaire d’État, ambassadeur en République tchèque, en Chine et aux États-Unis, haut-commissaire de l’Inde à Singapoure… Pour faire court, un diplomate brillant, au CV impressionnant. Il a rédigé ce livre entre 2018 et 2020, et il y évoque la place de l’Inde dans le contexte géopolitique mondial. Il y est question de politique, bien sûr, mais également de commerce, de développement, de rayonnement, de démographie, de religion, de nouvelles technologies, de conquête spatiale, d’histoire civilisationnelle aussi. Bref, tous les aspects de la vie politique, tant au niveau local que régional et international. Jaishankar a rassemblé là des extraits de discours ou d’exposés donnés lors de conférences, colloques ou autres événements internationaux, et les a regroupés par grands chapitres thématiques pour les rendre plus digestes. Avec une certaine langue de bois diplomatie, il évoque notamment les rapports du pays avec les autres puissances vieillissantes ou émergentes, pacifiques ou belliqueuses, dans un numéro de funambule très réussi où l’on peine à deviner qui sont les véritables alliés ou rivaux de l’Inde (on sent une certaine ambiguïté vis-à-vis de la Russie, des États-Unis, de la Chine, de l’Europe…). On devine bien toute la difficulté de la première démographie planétaire à exister par ce qu’elle est, sans s’attirer les inimitiés des principaux acteurs mondiaux, tout en pactisant même avec certaines puissances peu recommandables, mais sans jamais les soutenir ouvertement – ni trop les critiquer non plus. Pour autant, l’Inde n’affiche pas un pacifisme à tout crin, assume pleinement son statut de puissance nucléaire capable de montrer les muscles parfois, fait valoir une forme de nationalisme très différente des populismes occidentaux. L’auteur ne cherche pas à nous convaincre, mais à nous éclairer sur la politique indienne tout en explicitant ce qu’est la « voie de l’Inde » par le truchement de multiples exemples et approches. Un cours magistral très éloigné de la vision eurocentrée que je pouvais avoir des différentes crises mondiales.

Pour l’anecdote

Il ne t’aura pas échappé qu’il s’est passé un ou deux trucs sur la scène politique mondiale entre 2018 et maintenant (la crise du covid, l’invasion de l’Ukraine, l’attaque du Hamas contre Israël en octobre 2023, la riposte démesurée qui s’est ensuivie, l’enlèvement de Maduro…), ce qui a tendance à faire vieillir un peu prématurément les ouvrages politiques. C’est la raison pour laquelle ce bouquin a été maintes fois revu, mis à jour, préfacé, amendé… La préface publiée là a été écrite spécialement pour la France, et a dû être revue en catastrophe juste avant le BAT pour cause de guerre en Iran et de blocage du détroit d’Ormuz. Il est probable que cette version soit très prochainement dépassée par l’annexion du Groenland, l’invasion de Cuba, le débarquement militaire sur Taiwan et autres joyeusetés prévisibles ou non, possible aussi qu’on me demande de retraduire en catastrophe un bout de préface préalable à une nouvelle édition, mais cela ne fait finalement pas tant évoluer le contenu, ce sont juste les nouveaux éclairages qui nous forcent à y réfléchir différemment.

Difficultés

Ce texte n’est pas un roman et n’a pas de vocation littéraire ; par ailleurs, Subrahmanyam Jaishankar n’est pas un écrivain. Il n’est donc pas question de style, mais de fidélité au propos. De plus, je ne suis ni historien ni politicologue, et il ne m’appartenait pas d’apporter des éclairages historiques, culturels ou factuels sur tel ou tel aspect, mais de rendre les informations données le plus précisément possible. Or, n’ayant moi-même pas une grande connaissance de l’Inde à travers les âges, j’ai dû effectuer de nombreuses recherches pour comprendre de quoi l’auteur parlait afin d’éviter les contre-sens. Mais je n’ai pas non plus pu (ni voulu) en faire un ouvrage de vulgarisation, et il m’était impossible de partager au sein du livre tout ce que j’ai moi-même appris – et déjà en bonne partie oublié – lors de cet exercice. J’ai donc ajouté quelques notes là où elles me paraissaient indispensables, et je crois que l’équipe éditoriale en a ajouté quelques autres, mais l’ouvrage aurait pu doubler de volume si nous avions cherché à rendre accessible à tous la moindre notion.

S. Jaishankar, La Voie de l’Inde (The India Way), Points, 22 mai 2026 (469 000 signes)

Un avis sur « Nouveautés 2026 (2) – La Voie de l’Inde »

  1. bravo! aussitôt dit, aussitôt fait, enfin… presque… et je ne doute pas que tu aies effectué beaucoup de recherches!! Il faudra que j’essaie de le lire…

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