Urssafuffit maintenant (épisode 2)

Par souci de simplification et pour éviter toute phobie administrative, il a été décidé que l’Urssaf du Limousin succéderait à l’Agessa pour le recouvrement des cotisations vieillesse des artistes-auteurs.

Étonnamment, la première année s’est bien passée : la connexion s’est effectuée sans problème pour tout le monde (disons qu’il était parfois possible d’atteindre la page de connexion, mais que le couple identifiant – pour ceux qui l’avaient reçu – mot de passe ne s’entendait pas très bien), le site Internet était encore un work-in-progress loin d’être abouti, mais sobre et intuitif (si l’on considère que l’intuition est une qualité propre à chacun), les cotisations prérentrées étaient parfois justes (certes, pas la majorité du temps ; certes, incomplètes ; certes, parfois complètement à côté de la plaque), et on découvrait un bel espace personnel avec accès à toutes les informations privées nous concernant (enfin, pour l’instant, il n’y a encore que des menus vides, mais ça va bien finir par arriver). Et puis j’aime bien tester les nouvelles choses, et ça ne prend pas si longtemps de modifier/compléter/valider sa déclaration, ni de remodifier/recompléter/revalider sa déclaration parce que subitement tout a disparu, ni de reremodifier/rerecompléter/rerevalider sa déclaration parce que vous comprenez, vous vous y êtes pris trop tôt, on n’était pas prêts.

La bonne surprise est survenue quelques semaines plus tard, quand une envie fulgurante m’a poussé à aller consulter mon compte, me permettant de découvrir que, oh surprise, un message m’attendait dans ma messagerie interne (le moyen recommandé pour joindre l’Urssaf du Limousin ; ça a le mérite d’afficher un accusé de réception, on peut donc être rassuré sur le fait que nos messages aboutissent bien ; de là à y répondre, il n’y a qu’un pas que les agents du recouvrement ne s’aventurent pas souvent à franchir). Je découvre alors qu’un trop-perçu va m’être remboursé bientôt, car j’ai eu la chance d’excéder les plafonds sécu pour mes cotisations retraite. En d’autres termes, mes diffuseurs ont continué de verser mes cotisations à l’Urssaf pendant une partie de l’année 2019, et l’Urssaf a eu la gentillesse de bien vouloir me rembourser cette somme pas loin d’un an plus tard. C’est un peu comme être le joueur qui sert de banque au Monopoly, mais en moins rigolo parce qu’on ne peut pas piquer un billet discrétos (et parce qu’on distribue son propre pognon). Grâce à cette manne inattendue, j’ai enfin pu, comme tous mes collègues, me la couler douce et vivre de ma rente.

Après je suis allé au stand de tir…

Depuis, les choses se sont fort heureusement arrangées. Par exemple, nous recevons désormais un courrier électronique nous avisant qu’un message nous attend sur notre messagerie interne (j’y reviendrai dans le prochain billet). Les mauvaises langues diront qu’il serait sans doute plus simple de nous faire directement parvenir ce courrier par e-mail, mais à quoi serviraient notre belle messagerie interne et ses accusés de réception automatiques, dans ce cas ? Du coup, par suite de ma déclaration 2020 qui ne s’est pas moins mal passée que la déclaration 2019, j’ai reçu un courrier électronique m’avisant qu’un message m’attendait sur ma messagerie interne, que j’ai donc consultée parce que j’adore recevoir du courrier. Celui-ci m’indiquait : « Afin que nous puissions enregistrer votre déclaration, merci de nous fournir vos certificats de précompte pour 2020. Si vous n’en disposez pas, nous acceptons cette année factures, notes de droits d’auteur ou à défaut attestation sur l’honneur. » C’est-à-dire que mes diffuseurs me prélèvent de l’argent sur chacun de mes contrats (comme tout employeur avec ses employés), qu’ils sont censés m’envoyer ensuite l’équivalent d’une feuille de paie, que certains négligent de le faire, mais que je suis quand même censé prouver qu’ils ont bien prélevé les sommes dues. (Et que, conscients de ce problème, l’Urssaf et sa grande mansuétude acceptent de nous croire sur parole ; ces histoires d’attestation sur l’honneur rappellent quand même furieusement les autorisations de sortie à rédiger par soi-même pour soi-même au temps béni des confinements.)

Mon précédent mail envoyé sur la messagerie interne étant resté sans réponse, j’ai naïvement décidé de répondre directement à l’e-mail me signalant l’arrivée d’un message dans ma messagerie interne (vous suivez toujours ?), pour expliquer que, n’ayant pas reçu lesdits documents, je ne pouvais pas les transmettre, ainsi que je l’avais déjà signalé les deux fois où j’avais déjà modifié/complété/validé ma déclaration. Œuf corse, le courrier électronique m’avait été expédié depuis une adresse « veuillez ne pas répondre », j’ai donc aussitôt reçu un message de non remise. Prenant mon courage à deux mains, et dans l’autre le téléphone de la maison, j’ai hardiment décidé de les appeler pour essayer de régler ce malentendu, mais suis tombé sur un message préenregistré me conseillant de prendre contact par le biais de la messagerie-interne-qui-reste-toujours-sans-réponse. Tenant comme à la prunelle de mes yeux à mes derniers points de santé mentale, j’ai ni une ni deux choisi de laisser tomber.

Quelque temps plus tard, une dame de l’Urssaf (fort aimable au demeurant) me téléphone pour me dire : « Dites donc, mon petit monsieur, nous n’avons toujours pas reçu vos certificats de précompte manquants pour l’année 2020, vous vous foutez pas un peu du monde ? » (je paraphrase). Je lui ai donc répondu que j’avais essayé de les lui envoyer par retour de mail, que celui-ci m’était revenu en pleine gueule car expédié vers une adresse « ne pas répondre », et que je ne connaissais pas d’autre moyen de les joindre vu que la messagerie interne semblait sonner dans le vide. Elle : « C’est juste que nous sommes débordés actuellement, il y a effectivement un petit délai. » Moi : « C’est-à-dire que ça se compte en mois, voire en années. » Elle : « Mais non. Je vais regarder. Ah tiens, si. Je suppose que vos questions n’ont plus cours ? » Bref, elle a fini par me transmettre une adresse e-mail de service sur laquelle lui écrire en précisant bien que le courrier était à son attention (« par contre, ne m’écrivez plus jamais dessus par la suite, cette adresse s’autodétruira aussitôt après réception » (je paraphrase encore, mais à peine)). Et, miracle de l’informatique, ma déclaration modifiée/complétée/validée/remodifiée/recomplétée/revalidée a pu être définitivement entérinée. Définitivement, vraiment ?

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