Unboxing Éducation meurtrière, Leçon n° 1

Décidément, les nouveautés aussi, ça vole en escadrille ! Celle-ci est dispo depuis fin janvier, mais par suite d’un égarement de colis, je ne la reçois qu’aujourd’hui. Il s’agit du premier tome d’une trilogie signée Naomi Novik, dont j’avais déjà eu le bonheur de traduire Déracinée, un petit bijou de fantasy bardé de prix. Cette fois, l’autrice s’essaie – avec bonheur – au fantastique.

Création Studio Flammarion, conception graphique (c) crushed.co.uk

Pour l’anecdote

Je suis un passé-simpliste dans l’âme, à savoir que mon premier réflexe, quand j’attaque une traduction, c’est d’avoir recours au passé simple. Parce que son côté littéraire me plaît, parce qu’il évite quantité de répétitions d’auxiliaires imposées par le présent (et l’emploi du passé composé qui lui est inhérent), et parce qu’on trouve de plus en plus souvent du présent de narration dans les bouquins anglo-saxons, et que celui-ci était résolument au preterite, mâtiné de pluperfect ; la plume de l’autrice est aussi assez exigeante, notamment parce qu’elle est alambiquée à cause du stream-of-consciousness de cette ado forcément à haut potentiel tant sa pensée en arborescence est évidente.

J’ai mis un bon tiers du livre à pester en me disant que je n’arrivais pas à rentrer dedans, à trouver que ça sonnait faux, à ne pas du tout aimer ce que je faisais (pas le texte, mais sa transcription). Et puis, au lieu d’avancer bille en tête, j’ai fini par accepter de « perdre du temps » en arrêtant de bosser pour réfléchir à ce qui pouvait bien clocher, et la réponse n’a pas été longue à venir. En reprenant le début sur quelques paragraphes (pas l’entame du premier chapitre, toujours trompeuse, mais un peu plus loin), il m’a très vite semblé qu’en réalité le présent s’imposait.

J’aurais dû tilter avant, parce qu’un faisceau d’indices m’orientait dans ce sens (narration à la première personne, protagoniste lycéenne, nombreux retours dans le passé…), mais les habitudes ont la vie dure (et encore), et j’étais tellement pressé d’avancer que j’ai mis la bévue avant les yeux et que j’ai commis la boulette. Bref, c’est un exercice qu’il m’est plusieurs fois arrivé de faire en tant qu’éditeur, mais je crois que c’était une première en tant que traducteur, j’ai tout repris, en changeant chaque temps et en vérifiant chaque concordance.

Ça a été laborieux, mais dès que je suis arrivé à l’endroit du texte où j’en étais resté, ça m’a paru beaucoup plus fluide, et la suite s’est déroulée d’elle-même.

Mais de quoi ça cause ? (Attention, spoilers, mais pas trop.)

Si je vous parle d’une école de magie dans notre monde réel et contemporain, un petit gars à lunettes et à la cicatrice au front va forcément vous venir à l’esprit, mais ça n’a rigoureusement rien à voir (à part que l’histoire se déroule dans une école de magie de notre monde réel et contemporain).

Déjà, cette école n’a pas de profs ni de « maisons », seulement quatre années d’internat auxquelles on n’a pas beaucoup de chances de réchapper – parce que l’école est gourmande, et se nourrit de ses élèves (pour simplifier). Ensuite, on n’agite pas sa baguette magique en prononçant la bonne formule, mais on doit se farcir par cœur des tas d’ouvrages remplis de sorts, dont la plupart ne servent à rien, pour obtenir l’effet désiré. Et comme l’école est fourbe, elle ne traduit pas les livres de magie, il faut donc bosser la langue correspondante pour pouvoir les apprendre (et les utiliser). Enfin, les élèves ne sont pas dotés d’une réserve de magie inépuisable, mais doivent respecter le principe de Lavoisier : rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Il faut donc fournir un certain nombre d’efforts (des séries de pompes, des séances de crochet, etc. – plus c’est pénible et rébarbatif, mieux c’est récompensé) pour gagner de quoi dépenser. Ça, c’est pour le mana. L’autre type de magie, le malia, est une sorte de raccourci : en zigouillant des êtres vivants, on récupère aussitôt leur charge magique, qu’on peut utiliser sans tarder. L’inconvénient est qu’on a tôt fait de devenir un mage noir irrécupérable…

Difficile de survivre seul dans ces conditions, il convient donc de forger des alliances solides (ou pas), voire de rejoindre une enclave (des groupements de magiciens, souvent riches et puissants, prêts à sacrifier les non alignés pour préserver leurs intérêts – toute ressemblance avec des castes existantes serait bien sûr purement fortuite). Mais quand on est par nature solitaire, désagréable et bornée (c’est le cas d’El, la narratrice), ça complique forcément la donne.

Bref, il faut un peu s’accrocher au début, le temps de digérer l’univers, mais ensuite ça va tout seul et ça se lit d’une (grosse) traite. En plus, il y a des jolies gardes illustrées, et j’aime bien les jolies gardes illustrées.

Création graphique et illustration Faceout Studio/Jeff Miller, d’après une image (c) Shutterstock ; direction artistique David G. Stevenson. Adaptation Studio Flammarion

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