Je t’avais prévenu ici, il ne fallait pas trop compter sur moi cette année pour mettre à jour ce blog, mais je ne t’ai pas oublié pour autant, auguste lecteur (oui, tu es le seul ; pardon à toi auguste lectrice si tu me lis aussi). Mais pour ne pas te laisser complètement sur ta faim cette année, et puisqu’il me serait compliqué de dresser mon bilan 2024 sans avoir évoqué au préalable mes quelques travaux annuels, me revoici donc viteuf pour te faire part de mes autres sorties « récentes ». Et comme je n’ai rien à ajouter à la précédente conclusion à ma précédente introduction, je me contenterai de la reproduire : je sais qu’il me reste aussi ma liste des « 100 premiers » à terminer, ainsi qu’une refonte du site à accomplir vu qu’on n’y retrouve pas grand-chose, mais il faut bien (re)commencer quelque part. Voici donc toutes mes traductions inédites parues depuis juin 2024, par ordre chronologique de sortie.

Faith Martin, Dernière danse à Oxford (A Fatal End), Harper Collins, 12 juin 2024 (446 000 signes)
En résumé
Ultime tome des aventures de Trudy Loveday et Clement Ryder, dont je t’ai déjà parlé ici ou là (et là aussi peut-être). On se plonge cette fois dans le milieu musical grand-breton du début des années 1960, avec l’émergence de la pop. Les Beatles sont à deux doigts (ou à une mort considérée comme accidentelle) de se faire piquer la vedette par les Rainbirds ; fort heureusement pour les Fab Four, le leader charismatique de leurs rivaux potentiels succombe de façon tragique dans l’escalier du club où il se produit. Il faut une fois de plus le flair du coroner Ryder pour que l’affaire ne soit pas classée sans suite. Une enquête en pantoufles pas si en pantoufles que ça, avec de la vraie violence dedans.
Difficultés
Pas de difficulté professionnelle majeure pour ce titre, en dehors de celles déjà affrontées précédemment (sur le registre de langue volontairement désuet et le côté so British par exemple). Quelques difficultés personnelles à cause de l’attachement que j’ai pour ce bon coroner, atteint de la maladie de Parkinson.

Genevieve Gornichec, Le sort qui nous lie (The Weaver and The Witch Queen), Sabran, 29 août 2024 (864 000 signes)
En résumé
J’avais déjà traduit Cœur de sorcière, le premier roman de la même autrice, décidément très fan de fantasy nordique. Si le roman précédent avait un aspect mythologique en nous plongeant directement au milieu des dieux, celui-ci a une base plus historique, puisqu’il se déroule en Norvège dans les années 900 et qu’on y croise un certain nombre de figures ayant existé. Il va donc être question de vikings, de pillages, de vengeance, de féminisme et de magie, tout ça en suivant le parcours de trois jeunes filles devenues jeunes femmes, séparées d’abord par une prophétie, puis par un raid accompagné d’un enlèvement. Un excellent one-shot de fantasy pour qui aime le froid, les drakkars et la magie (et aussi les pactes de sang).

Altea Villa/Victor Medina, Les Grands Classiques de l’horreur (Classic Scary Tales), Larousse Jeunesse, 2 octobre 2024 (83 000 signes)
En résumé
On retrouve ici quelques-uns des plus grands classiques du genre, par d’immenses auteurs historiques, considérablement raccourcis pour l’occasion (les classiques, pas les auteurs). Au menu donc, Dracula (Bram Stoker), Frankenstein (Mary Shelley), Le Cœur révélateur (Edgar Poe), L’Étrange Cas du Dr Jekyll et de M. Hyde (R.L. Stevenson), Le Portrait de Dorian Gray (Oscar Wilde), La Momie (Conan Doyle), La Maison aux sept pignons (Nathaniel Hawthorne), La Légende de Sleepy Hollow (Washington Irving), Les Pirates fantômes (William Hope Hodgson), Hänsel et Gretel (des frérots Grimm). Ce sont les vraies histoires, condensées en quelques pages, idéales pour donner une rapide culture classique à nos enfants. Le livre est entièrement illustré et en couleur, j’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir ou redécouvrir toutes ces œuvres.
Difficultés
Elles étaient finalement assez nombreuses vu la brièveté de l’ouvrage. Le plus compliqué a été bien sûr de respecter le ton et l’époque de chaque texte, pour donner une idée du style d’origine de chaque auteur, tout en proposant une lecture accessible à un jeune lecteur d’aujourd’hui. Ainsi, chaque nouveau récit imposait de nouvelles décisions à prendre (Mr ou M. ? Tu ou vous ?), sans qu’il y ait nécessairement de cohérence globale à l’ouvrage, puisqu’il s’agit d’un recueil.

Samantha Shannon, The Bone Season – 1 (Édition entièrement revue par l’autrice), De Saxus, 28 novembre 2024 (1 220 000 signes)
En résumé
Je n’ai jamais trouvé le moyen de présenter cette série sans effrayer ou égarer le lecteur potentiel, je ne m’y risquerai donc pas ici. Sache simplement qu’on y trouve de l’anticipation (l’histoire se déroule en 2059), de l’uchronie (un changement majeur dans notre histoire est survenu à la fin de l’ère victorienne), de la dystopie (il ne fera pas bon habiter à Londres dans quelques décennies), du surnaturel (avec la présence de créatures chelou et de dons particuliers), du thriller, une organisation mafieuse, des querelles intestines, des cas de conscience, des personnages incroyables avec des relations complexes, mais que ça ne part bizarrement pas dans tous les sens, que l’histoire est vraiment facile à appréhender (après un temps d’adaptation à l’univers), et qu’on en ressort avec l’impression d’avoir bingé trois saisons d’une série télé hautement addictive (le tout dans ce seul premier tome). Et le mieux, dans tout ça, c’est qu’il n’y a pas de frustration à attendre la suite si on veut s’y plonger rapidement, car les cinq tomes existants seront (re)traduits/(ré)édités/(re)publiés avant la fin du premier semestre 2025 (soit l’équivalent de quinze saisons d’une série hautement addictive à binger). Je pourrais aussi te parler de la suite (ou des suites) tant que j’y suis, mais la nouvelle version de L’Ordre des mimes ne sortira que le 9 janvier (suivront de manière assez rapprochée Le chant se lève et Le masque tombe), ça me fera donc des choses à te raconter l’année prochaine.
Note que ce premier tome est suivi de la novella La Rêveuse pâle (qui le précède dans le temps, mais qui figure à la fin du bouquin), entièrement réécrite/retraduite elle aussi.
(Re)mise en contexte
Mon grand œuvre de l’année (peut-être même de ma carrière) ! Tu te souviens sans doute de ce texte, que j’ai d’abord traduit pour J’ai lu en 2013, avant de le réviser entièrement en 2020 pour la publication chez De Saxus, qui avait décidé de relancer dans son intégralité la série (qui comptera sept volumes, mais dont un seul avait paru en France jusqu’alors). Eh bien pour les dix ans du roman, Samantha a décidé de le reprendre entièrement, car elle n’en était plus satisfaite (il faut dire qu’il s’agissait de son tout premier, écrit à même pas vingt ans, alors qu’elle a désormais une longue carrière et de très beaux succès au compteur – remember Le Prieuré de l’Oranger et Un jour de nuit tombée). L’histoire est donc la même, mais comme le diable se cache dans les détails, on peut s’amuser à faire une lecture comparée des deux romans. Et, ô surprise, il s’avère qu’ils sont complètement différents (je ne pense pas qu’il y ait un paragraphe identique d’une version à l’autre). Samantha m’avait d’ailleurs prévenu : pour les deux premiers, une retraduction était sans doute indispensable tant son travail dessus a été colossal.
Ainsi, certaines scènes ont été non seulement réécrites mais entièrement revues, des personnages ont disparu, d’autres sont apparus, des thématiques chères à l’autrice sont aujourd’hui mieux traitées. La trame de l’histoire n’a pas bougé, mais le contenu est très différent, beaucoup plus mûr et engagé. Certains protagonistes manquaient parfois de constance ou de consistance, ces défauts-là sont corrigés ; davantage de graines sont semées pour la suite de la série ; la trame est plus robuste, plus étoffée. Ce n’est pas seulement comme quand Lucas reprend Star Wars avec les technologies d’effets spéciaux modernes : on est presque plus proche du remake parfois, avec un synopsis qui reste rigoureusement identique, mais une impression/compréhension générale qui diffère complètement. C’est un peu aussi comme l’adaptation télé du Trône de fer : certaines scènes étaient encore claires dans ma tête après ma récente révision de trad, mais elles n’existent plus, du coup je ne sais plus si je les ai rêvées, si elles existaient dans la première version, ou si mon interprétation initiale était défaillante, un sentiment vraiment étonnant.
Difficultés
J’avais déjà bien débroussaillé le terrain en travaillant sur les quatre premiers tomes – mon lexique devait compter dans les quatre cents entrées, mon tableau tu/vous une centaine ; je partais donc avec des bases solides, qui m’ont fait gagner énormément de temps sur cette retraduction. Le hic, parce qu’il y en a forcément un, c’est que comme l’écriture de Samantha a changé, ainsi que certains traits de caractère de ses protagonistes, j’ai bien souvent dû revenir sur des choix préalables pour rester le plus fidèle possible à l’esprit (ou au nouvel esprit) du texte. J’ai donc dû redoubler de vigilance, ainsi que l’équipe de choc à l’édito et à la correction, pour ne pas laisser des reliquats polluer le texte actuel.
Autre difficulté, d’aspect plus pratique : les précédentes versions avaient été publiées avec un système de dialogues calqué sur celui de J’ai lu (et donc de ma trad d’origine), les nouvelles le seront avec le système avec guillemets en vigueur chez De Saxus (et qui a ma préférence). C’est peut-être un détail pour vous, mais quand on révise un texte (c’est donc surtout vrai pour les tomes 3 et 4) ça veut dire beaucoup !
Prochains projets
Si je ne me trompe, je suis sur Bone Season depuis le mois d’avril de cette année, et j’en ai encore pour quelques mois avec la traduction du 5. Après quoi, l’horizon est à peu près dégagé niveau trad, à part que Samantha vient d’annoncer un nouveau roman dans l’univers des Racines du chaos, une sorte de prélude plus que de préquelle au Prieuré de l’Oranger, qui se déroulera donc chronologiquement juste avant celui-ci et bien après Un jour de nuit tombée, le deuxième opus paru dans l’univers. J’espère donc que je pourrai continuer l’aventure avec elle, après une année 2024 particulièrement shannonesque me concernant.
Merci pour ces détails et impression qui oerletteby6dz réaliser tout le travail et les difficultés derrière une traduction.
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En effet, chaque traduction est vraiment différente, c’est ce qui rend le métier si intéressant. Intéressant aussi de constater à quel point deux traductions justes peuvent être dissemblables, sans que l’une soit objectivement meilleure que l’autre ! Un peu comme le Bone Season d’origine et la nouvelle édition finalement
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Merci beaucoup pour Bone Season ! Je le conseille vivement à la librairie ! Je vais me lancer dans Le sort qui nous lie, une fois que j’aurai terminé le livre que j’ai entamé hier soir !
A bientôt
Lisa
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Ahah, formidable ! Tentée par le tome 2 peut-être ? La série est atrocement addictive 🙂
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